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Du jeu de rôle à la nouvelle

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« La meilleure routine possible pour les écrivains débutants ou de niveau intermédiaire, c’est d’écrire un sacré paquet de nouvelles » a déclaré l’écrivain Ray Bradbury en 2001.

Pour qui se lance dans l’écriture, la nouvelle offre la porte d’entrée parfaite : il s’agit d’un récit court et structuré, qui permet de travailler à petite échelle tous les genres et tous les styles. Cela donne aussi l’opportunité de décrire un univers par touches : Asimov a publié de nombreuses nouvelles sur le sujet avant de se lancer dans son Cycles des robots. Or la logique de la nouvelle diffère de celle du roman ou du jeu de rôle au long cours.

Cela méritait bien quelques approfondissements.

La nouvelle en trois caractéristiques

Là, c’est le moment des définitions.

 

Qu’il soit écrit ou joué en direct, le jeu de rôle est l’art de vivre et de raconter une histoire ensemble. Il épouse la diversité de la vie, ses imprévus, ses bizarreries, voire ses digressions. En un mot, il est à la merci de la créativité des joueurs et des maîtres de jeu.

La caractéristique principale de la nouvelle est qu’il s’agit d’un récit court. Les Anglo-Saxons en distinguent trois types : la short-story (moins de 7500 mots), la novelette (7 500 et 17 499 mots) et la novella (mini-roman de moins de 40 000 mots). La nouvelle est donc une forme restreinte, tandis que le jeu de rôle n’a pour limite que l’imagination de ses joueurs – ou les contraintes physiques d’une partie sur table. Techniquement, rien n’empêche une histoire collaborative de s’étaler sur des heures, jours, semaines, mois ou années. Transcrire cette même aventure en une seule nouvelle relève en revanche de l’impossible.

La nouvelle à la française peut être rapprochée de la short-story. Pensée pour être lue d’une seule traite, elle se doit d’être accrocheuse et efficace. Cela passe par un processus de sélection drastique de l’information et des éléments narratifs. L’idée est de se recentrer sur l’essentiel. Il s’agit d’une histoire simple, avec un début, un milieu et une fin.

De plus, la fin doit, d’une façon ou d’une autre, surprendre le lecteur. C’est la chute, troisième caractéristique clé du genre de la nouvelle. Celle-ci a longtemps été le mode d’expression privilégié des littératures considérées de « mauvais genres » (policier, fantastique, science-fiction), car l’effet de surprise ou le bouleversement des repères y ont une grande importance. On peut citer comme exemple la désignation d’un coupable inattendu au terme d’une enquête, une conclusion faisant douter de la santé mentale du protagoniste ou un twist final sur son identité : celui-ci se révèle être un robot. Peut-être même les trois à la fois !

Apprendre à dézoomer

Une technique qui marche à tous les coups : trancher dans le vif.

 

Pour parvenir à cette économie de moyen, pas de secret, il faut choisir. La nouvelle se recentre sur un petit nombre de personnages à caractériser en peu de mots. On peut aussi recourir à des archétypes, notamment pour les personnages secondaires. Il est même possible de les exagérer un peu. La nouvelle peut en cela être comparée au conte, avec des figures hautes en couleur qui sont là pour des raisons narratives ou symboliques. Pour le rôliste, cela peut être une première difficulté car certains d’entre nous traînent avec eux des personnages créés de longue date, avec leurs trames de fond et leurs aventures. Sans nier ces multiples détails, il va falloir choisir ceux que l’on souhaite mettre en lumière dans une nouvelle. Quitte à éclairer un autre aspect dans d’autres récits pour reconstituer, pan à pan, l’intégrité du personnage. Par chance, le rôliste a également des armes pour affronter cette difficulté : la somme de personnages qu’il a déjà créés, et qu’il lui suffit de convoquer d’un mot, d’un concept, d’un adjectif, pour les besoins de son histoire.

En tant que médium collaboratif, le jeu de rôle est le lieu par excellence de la polyphonie. Dans la majeure partie des cas, la nouvelle va devoir se recentrer sur un voire deux points de vue. En effet, la primeur est donnée au déroulement de l’histoire dont les premiers éléments doivent être posés rapidement afin d’accrocher le lecteur. Rien n’empêche, en revanche, de colorer la nouvelle d’un point de vue très bizarre du fait de la folie d’un personnage !

Au fond, la principale difficulté du rôliste voulant se lancer dans la nouvelle, ce sera d’accepter de passer du foisonnement du jeu de rôle à une forme de synthèse. De l’attachement qu’il a pu développer envers ses masques à une relative distance par rapport à eux. D’accepter de faire le tri dans la multiplicité de ses expériences pour choisir ce qui pourra être mis en récit.

 

Maintenant, il n’y a plus qu’à cultiver son jardin !

 

C’est en cela que ces deux pratiques d’écriture diffèrent totalement, mais ne peuvent que se nourrir l’une l’autre : le jeu de rôle est un formidable espace de création et d’expérimentation, un jardin à l’anglaise où l’on a fait pousser plein de buissons exotiques et de fleurs fantaisistes. La nouvelle est un petit carré à la française, coupé à peu près droit, où l’on a semé nos meilleures graines. Nul doute que certaines de ces graines ont été ramassées à force de développer des plantes étranges dans le premier jardin.

Maintenant, il n’y a plus qu’à cultiver son jardin !

Cette méthode m’est venue par l’expérience. Lorsque j’ai voulu passer du jeu de rôle à l’écriture, je me mise à fabriquer régulièrement des nouvelles. On n’était pas au stade Bradbury, avec une nouvelle par semaine pendant un an, mais tout de même ! Certaines fonctionnaient, d’autres pas du tout. Au fur et à mesure, je me suis rendu compte que celles qui me plaisaient moins à la relecture étaient celles où je m’étais dispersée, où j’avais voulu trop en mettre. Alors j’ai affiné au fur et à mesure les recommandations ci-dessus et j’ai essayé de m’y tenir. La simplicité du récit et la stylisation des personnages donnent un petit côté symbolique au texte, ce qui ne peut que plaire à la grande amatrice de contes que je suis !
Cependant, il n’y a pas qu’une seule façon de faire des nouvelles, et heureusement ! Je vous conseille donc de tester cette méthode, mais aussi d’en essayer d’autres : le mieux, en écriture, c’est d’abord ce qui vous convient à vous !

D’ailleurs, avez-vous déjà écrit des nouvelles ? Quelles sont vos astuces ? Laissez-moi un commentaire !

 
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Écrivons et jouons ensemble !

Nolwenn Pamart (1 articles)

Pour qui cherche à retracer une cohérence dans mon parcours d’écrivain, bibliothécaire, thésarde, rôliste et d’éditrice associative demeure le livre et, à travers lui, l’art de raconter des histoires. J'ai publié en juin 2018 un recueil de nouvelles aux éditions Les Deux Crânes. Vous me croiserez peut-être un de ces jours aux atelier Infinite, en train de jouer ou de finaliser mon roman ! Site web : https://bibliothequealphonsine.wordpress.com/

 
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2 réponses à “Du jeu de rôle à la nouvelle”

  1. Eden Memories Eden Memories dit :

    Je viens d’en publier une ! Et sur wattpad j’ai publié quelques nouvelles issues de fiches de personnages remaniés en nouvelles. C’est assez facile à faire et peut être un bon exercice pour s’essayer à la nouvelle. Le seul problème de la nouvelle c’est que c’est peu lu et souvent un peu négligé à moins que ça ne fasse parti d’un plus grand ensemble type cycle des robots ou chroniques

  2. Merci de ton commentaire 🙂 Les fiches remaniées, c’est une excellente idée !

    La nouvelle peine parfois à se faire sa place, il est vrai, et pourtant, il y a des concours de nouvelles partout ! Peut-être somme-nous à un moment de transition… Pour ma part, je trouve que c’est une forme très intéressante vu notre pratique morcelée de la lecture, adaptée aux supports numériques comme papier.

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